Samedi 12 mai 2012 6 12 /05 /Mai /2012 11:48

 

L'égoïsme, cette insolence amère que l'on s'offre en cadeau pour ne plus ramasser tous les débris de vie que les autres balancent sur notre passage comme s'ils nous rendaient service. Les gentilles filles reçoivent l'empathie en héritage génétique, vierges intellectuelles qui n'auront pour s'en sortir que quelques coups de bassin bien mérités - on brûlait les saintes à la belle époque et la vocation se fait rare depuis.

 

Lucie ne s'encombre pas de générosité, non par précaution mais parce qu'elle s'en tient à la merde de ses bottes, ce qui est déjà bien assez. Elle affronte le quotidien un chronomètre entre les dents sans même se laisser de répit pour le téléfilm de la 6, devrait-elle vraiment se priver de sa vie pour s'intéresser à celle du voisin? Il est déjà bien heureux qu'elle daigne lui sourire poliment pour s'assurer les services de sa tondeuse, parfois sa sympathie est un fait du moment qui ne signifie rien - elle vient de s'acheter un nouveau tableau alors sa bonne humeur prend de l'élan, voilà tout.

 

Lorsque le téléphone a la mauvaise idée de sonner, Lucie a un prétexte tout assuré pour ne pas répondre - la magie des gosses. C'est l'heure du repas, celui de la douche, ils crient, il faut leur donner le goûter, rien n'est trop anodin pour échapper à ces sursauts imprévus de vie sociale. Prendre le temps, faire cet effort de parler de soi, être saoulée de paroles à l'autre bout du fil lui est insupportable - c'est difficile de subir ses amis, même lorsqu'on les aime. De ce fait, Lucie se délecte des fanatiques de la vie en communauté, à chaque fois qu'elle en croise ses yeux se ferment sur la banderole du drapeau communiste et elle entend l'Internationale lui éclater les tympans - plutôt le générique de Dawson, en fait. 

 

C'est sûr, les apéritifs sont un peu tristes, coincée dans son canapé 4 places dont elle n'use qu'un coussin face à l'écran de son ordinateur, sa main n'en croise aucune autre dans le paquet de chips et elle n'a que l'embarras du choix pour organiser ses fins de semaines - c'est le problème de l'égoïsme, il réduit souvent les projets de vacances et de soirées festives.

 

L'autre jour, Lucie avait des envies joyeuses, une bouteille d'absinthe dans la main et un cutter planté dans le poignet, elle a saisi son portable pour tenter la discussion de la dernière chance avec une oreille attentive mais Robert était chez ses neveux, Violaine a son cours de Zumba et Annie ne lui avait toujours pas pardonné d'avoir annulé à la dernière minute leur restaurant annuel. Elle savait que Gilbert ne voudrait pas lui parler, parce qu'elle avait oublié de l'emmener à l'aéroport et Candice est de gauche alors...

 

Alors Lucie s'est dit que définitivement, les gens étaient tous des connards et qu'elle avait bien raison de se passer d'eux. Et la lame de cutter a tranché l'artère brachiale dans une grande giclée de sang - que ne faut-il pas faire pour s'occuper, un soir de Noël sans personne à inviter...

 

 

238 DELI

 

Par Deli' - Publié dans : Chroniques légères - Communauté : Les chroniques de la meute
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Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 16:28

 

 

C'était le bon temps, il ne pleuvait pas 21h sur 24h et le chauffage ne tournait pas en boucle pour éviter que le crépi du mur nous tombe sur le coin de la gueule. En somme, je vous vends un peu du rêve là, quand même. Même mieux, je vais vous titiller le fantasme, il se peut que j'arrive à écrire un vrai article pour la semaine prochaine, vous savez un alignement de plusieurs lignes qui racontent quelque chose de pertinent (même si tout est question de point de vue mais on ne va pas pinailler) - je me tape un petit déménagement, de la menue paperasse, quelques nuits à ranger mon garage et je suis à vous.

 

 

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Jeudi 19 avril 2012 4 19 /04 /Avr /2012 14:00

 

Je ne me fais pas désirer, même si bien entendu je rêverais d'avoir ma photo placardée dans tous les vestiaires industriels et que l'ultime consécration serait d'apprendre que des collégiens à peine pourvus en hormones découvrent l'anatomie féminine à travers mes attributs photographiques.

Mais non, je ne me fais pas désirer. Je repeignais juste tous les murs de ma maison, armée d'une échelle érectile et de mes petits cris rageurs (le revers à deux mains pour croiser les bandes en équilibre sous le plafond, moi aussi je sais faire) et pour tout dire, actuellement je campe dans un tel bordel que j'ai eu du mal à trouver le chargeur de mon pc.

 

Je suis en pleine forme, si ce n'est que j'ai cette impression pénible que, depuis mon hospitalisation, on a enlevé 5h à toutes mes journées et rajouté 10 lignes à ma liste quotidienne de choses à faire. Ce n'est pas une rame qu'il me faut pour avancer, c'est un hélicoptère.

 

Par un double miracle, j'ai pu trouver le temps ET un rayon de soleil pour faire quelques photos dont je vous offre ici quelques miniatures - si je vous ai en contact facebook ou que vous fricotez avec moi par mail, vous savez où les découvrir à leur juste taille. Sinon, patientez que je sente le bon moment de mettre le lien ici!

Je mettrai d'autres photos très rapidement.

 

 

 

 

 

 

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Par Deli' - Publié dans : Photographies - Communauté : Photographies
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Mercredi 28 mars 2012 3 28 /03 /Mars /2012 21:14

 

Mon premier réflexe a été de n'en parler à personne. Par incrédulité d'abord, par pudeur ensuite - on n'annonce pas ce genre de fatalité comme l'on parle de la dernière grippe à la mode.

Je ne suis pas de ces personnes qui se plaignent ou s'inquiètent de leur santé quand il n'y a pas lieu d'être, j'imagine qu'avec de la volonté et de la force tout se surmonte et qu'il y a toujours pire ailleurs - je n'aime pas les gens faibles.

 

Et puis un jour le corps lâche sans prévenir, devant des papiers qui s'amoncellent sur la table du salon alors que la maison est calme... et deux jours après, encore, devant l'évier alors que les mains trempent dans la vaisselle du soir...

 

La première fois, ce fut brusque mais rapide. En une minute, c'était passé. J'ai su que quelque chose de significatif venait de se produire et j'ai pris un rdv avec mon médecin pour lui en parler - mais par un hasard récurrent chez moi, j'ai récupéré mes enfants fièvreux à l'école et je les ai faits passer en priorité lors de la consultation. Si bien qu'à la fin, je n'avais ni l'envie de perdre 10 mn de plus ni de débourser 23 euros supplémentaires - puisque tout était rentré dans l'ordre, il n'y avait pas lieu d'en faire tout une histoire.

 

Je me rappelle avoir crié, la seconde fois. Hurlé peut-être, je n'entends plus le son de ma voix, j'ai pleuré de panique aussitôt quand mon bras droit est tombé brutalement dans l'eau savonneuse. J'ai essayé de le ramasser mais il était inerte au bout de mon corps, étranger, insensible et mou. Je revois mon plus jeune fils me caresser le visage en me répétant "ça va aller maman, ça va aller", petit ange doux devant l'angoisse qui me gagnait. Et moi de ne savoir que faire de ce membre mort qui pendait lamentablement, alors que nous courions déjà aux urgences.

Et doucement, les sensations sont revenues. Et la vie a pu reprendre.

 

La suite vous la connaissez, tout du moins la version drôle. Parce que je n'ai pas à réussi à sourire quand le professeur a fermé le rideau sur mon box et s'est assis sur le bord du lit, l'air grave. J'ai compris de suite ce qu'il s'était passé mais j'ai attendu jusqu'au dernier moment la confirmation du diagnostic, dans une espèce de déni insolent qui se voulait au-delà des mines dramatiques qui s'affairaient autour de mon corps malade.

 

Sur l'écran, deux lumières blanches clignotaient le long d'une artère. C'était la première fois que je voyais mon cerveau, je l'ai trouvé régulier et plein - c'était une façon stupide de faire connaissance avec une partie de moi qui ressemblait simplement à tous les dessins que l'on parcourt sur les livres de biologie, mais c'était LE MIEN. Avec ces deux signaux agressifs qui tintaient devant mes yeux comme des alarmes.

Deux infarctus cérébraux.

 

"Madame, vous avez fait deux Avc. C'est très grave madame. Vous comprenez?"

 

Pas vraiment. Pas de suite. Pas jusqu'à me retrouver de nouveau, 5 jours plus tard, dans l'incapacité d'utiliser ma main, de saisir quoi que ce soit et me retrouver désemparée devant mon plateau repas, la fourchette inutile au milieu de mes doigts endormis.

J'ai craqué nerveusement pour la première fois de la semaine. J'ai pris conscience des risques, des conséquences, de ma chance qui aurait un prix, aussi.

 

Si l'infarctus n'avait pas été superficiel, je serais morte. Ou handicapée.

Je n'y pense pas vraiment mais je le sais. On me le rappelle, on me demande de mesurer médicalement les tenants et les aboutissants de qu'il s'est passé - et reste à venir. Je ne suis pas fataliste, je suis joyeuse et confiante, j'enchaîne les examens désagréables et les mauvaises nouvelles, la vie se déroule et j'attends juste qu'un jour, elle soit un peu plus simple.

 

Marche ou crève, disait ma grand-mère. Moi je cours loin devant.

 

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 (photos prises le matin de ma sortie d'hôpital)

 

 

Par Deli' - Publié dans : Moi je - Communauté : Chroniques du temps présent
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Jeudi 22 mars 2012 4 22 /03 /Mars /2012 09:36

 

Généralement, on ne s'offre pas un séjour hospitalier de son plein gré, à moins d'être fétichiste de la perfusion et d'avoir les papilles gustatives déficientes. Du coup, je crains que mes propos manquent d'enthousiasme (mais rassurez-vous, j'aurai la critique créative).


Au terme du premier jour, j'avais déjà envisagé la fuite, le scandale et la contrebande de hamburgers. Autant vous dire que les six jours suivants furent d'un épanouissement rare pour moi et mon entourage.


Je passe sur l'intimité délicieuse de la zone tampon des urgences 12h durant, parquée dans un box qui donnait sur le couloir, face à l'accueil et séparée de mes gais camarades par un rideau aussi isolant que du macramé. J'ai ainsi pu profiter de la joyeuse agitation des brancardiers, des gémissements d'octogénaires agonisants, du défilé d'une dizaine de connards tous bronzés qui rentraient du ski avec un bras et/ou une jambe dans le plâtre (il y a une justice) et - ET - de la présence alléchante d'une bonne poignée d'internes plutôt bonnards - presque mineurs mais bonnards.

 

Quand on m'a dit que je montais dans une chambre, j'ai crû au grand standing, le calme, une salle de bain privée et surtout, pouvoir passer mes coups de fil sans m'étouffer sous les draps par souci de discrétion. Je pense que le brancardier a omis volontairement de préciser que je rejoignais les soins intensifs, de peur que je tente une évasion en cours de transfert - je me demande combien j'aurais fait au 100 mètres/perf intégrée. 

 

 

 Le bonheur quand vous goûtez aux soins intensifs, c'est être reliée par 5 fils à une machine qui vous permet au mieux d'attraper quelque chose située à 30 cm de vous, au pire de supplier l'aide de quelqu'un pour le moindre geste du quotidien. La perf à gauche qui s'emmêle avec tout, fait des nœuds, le sang qui remonte, le brassard qui se gonfle chaque heure pendant 48h, même la nuit, les électrodes collées aux seins qui vous relient à un scope qui bippe au moindre faux mouvement et la prise de pouls au doigt – votre mission, si vous l'acceptez, est d'être capable de dormir sans vous étrangler. Vous l'accepterez, parce que de toutes les façons vous n'avez pas le choix.

 

 

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Je passe sur les prises de sang au réveil, celles qui suivent dans la journée, égayant votre bras droit d'une trouée artistique et d'une explosion d'hématomes charmants puisque tel sera le cas presque tous les jours - et j'aime autant vous assurer que ce n'est pas avec la consistance des plateaux repas que votre taux d'hémoglobine va se maintenir. J'ai rêvé de mal bouffe américaine encore plus fort que la fois où j'avais passé un mois en colonie de vacances, à pleurer devant des raviolis froids et du lait reconstitué - c'est dire.

 

J'ose à peine aborder le sujet de la douche et des toilettes collectives, parce que bien entendu, les soins intensifs c'est salle commune avec 4 lits face à face et au milieu, le poste informatique des Ide et internes de passage - à 20 cm de moi (je n'ai jamais eu de vie sociale aussi intense).

 

 

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 Par un hasard surprenant, nous étions trois trentenaires - proportion totalement improbable compte tenu de notre motif d'hospitalisation - donc bonne ambiance (limite nous sortions le sauciflard et l'alcool de prune quand le professeur finissait sa tounée)(bien évidemment que non... par contre je ne nie pas quelques trocs de cannelés), surtout que mon collègue était un sportif de haut niveau au fessier des plus motivants (bénies soient les chemises qui ne s'attachent pas à l'arrière).

Bref, sachez juste que prendre une douche avec sa poche de perfusion et ses électrodes collées au torse puis se sécher avec des serviettes pour Polly pocket fut une expérience très enrichissante. Mes pulsions maniaques ont manqué de me faire vomir plus d'une fois, rapport à l'idée de tremper mes pieds nus au même endroit qu'une autre dizaine de personnes et j'ai adoré que tout le monde soit au courant de mes moindres besoins urologiques, puisque je ne pouvais pas rejoindre les wc de la salle d'attente sans demander que l'on me débranche.

J'ai appris l'humilité, j'aime autant vous le dire.

 

Heureusement, il y a les visites monarchiques du roi soleil et sa cour - le professeur du service, le médecin associé, l'interne, les externes et l'infirmière. C'est pittoresque, caricatural et jouissif à la fois. Moi ça me donnait l'impression d'être au bon endroit, ma voisine a crû qu'on allait lui annoncer une mort imminente - c'est sûr que quand on ne connaît pas, ça peut faire un choc. Mais bon, à 9 dans le box, je pense que l'architecte a présumé des pathologies du service (bizarrement j'ai du mal à penser qu'ils ont droit au même défilé royal en maternité). Au demeurant, le professeur était à tomber par terre et j'ai la libido humide dès que l'on s'adresse avec moi avec des termes complexes. Hum, vivement les prochaines visites de contrôle.

 

Enfin, je finirai sur le bonheur des nuits reposantes, calmes, ce moment à soi durant lequel on reprend des forces pour affronter les diagnostics du lendemain. Ou durant lesquelles on vous réveille à grand coup de plafonniers dans la gueule, à 23h, pour tester vos réflexes et vos capacités motrices ("levez les jambes, les bras, citez moi des noms de fleurs", même une personne en pleine possession de ses moyens ne serait pas foutue de faire ça en étant agressée en plein sommeil), je ne parle pas du bordel dans les couloirs avec les portes qui claquent la nuit, les voix gracieuses et discrètes du personnel et encore, par souci de nous épargner un calvaire trop long, nous étions réveillés à 6h du matin par la même équipe de nuit qui nous décillait poliment pour nous dire aurevoir et nous souhaiter une bonne journée. J'ai crû m'arracher ma perf pour leur rentrer dans la jugulaire, je vous jure.

Il y avait aussi les "bip-bip-biiiip" des copains qui gueulaient dans le silence (miracle qui se produisait entre 1h et 5h) parce qu'ils avaient eu le malheur de tenter un retournement sur le côté et qu'une des électrodes avait bougé - ce qui mettait tout le monde en joie. J'ai mis du temps à perdre l'habitude de tâter mon poitrail toutes les 20 mn pour vérifier si tout était bien en place (il faudra aussi que je parle du bonheur de ne pas pouvoir porter de soutien gorge lorsque l'on fait du 95 E).

 

Enfin voilà. J'en suis sortie. Pour un sevrage en douceur, je continue une prise de sang toutes les 48h et une hospitalisation par semaine - on ne sait jamais, que j'angoisse à cause du manque. C'est très amusant d'ailleurs, raconté comme ça. Et c'est tant mieux, parce que c'est sacrément bien moins drôle quand on sait pourquoi et comment. Mais ce sera pour une autre fois.

 

 

 

 

Par Deli' - Publié dans : Moi je - Communauté : Chroniques du temps présent
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Brèves

        27 Avril 

     Si des gens errent ici,    

          qu'ils sachent que je suis prise en otage

par mes gosses, ma paperasse

et de gros cartons à entasser dans mon garage déjà plein.

        

 

 

 

 

 

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